Veille
Exposition, Leurre // 19, In extenso, Clermont-Ferrand, Fr
2020

Exposition Veille,
À In extenso, Clermont-Ferrand, Fr

« L’exposition «VEILLE» porte une réflexion sur la question de la surveillance, par son emploi, son impact et son évolution. Elle esquisse le portrait des systèmes actuels dans notre société et essaie d’en établir les limites et d’y échapper avant que celles-ci ne s’imposent. L’exposition questionne notre quotidien subissant l’essor de ce contrôle et interroge le pouvoir que confère une telle implantation.

 

La surveillance a toujours interpellé par son côté secret et mystérieux. Cessionnaire de pouvoir, elle inquiète du haut de son mirador ou de son rang politique. Tantôt diffamée par la théorie du complot ou prônée au nom de la sécurité, les avis divergent sur la menace réelle qu’elle représente envers la privacy.

Face à cette situation, l’attente semble être la meilleure option. Dans un état proche du sommeil mais prêt à l’action, nous gardons un œil sur ces yeux électroniques qui s’infiltrent dans l’environnement. Les artistes de «VEILLE» guettent et explorent le trouble que la surveillance suscite.

 

La menace et le doute planent sur notre futur tout comme sur l’exposition. Manon Pretto et Elise Arnaud sont familières de la question d’autorité et du contrôle, mais sur des aspects divergents. Elles accordent leurs méthodes et se servent du trouble établi pour s’approprier le sujet et rendre cette tension tangible. Il est légitime d’interroger sa propre individualité au milieu de la foule. L’individu est-il surveillé quand il fait parti d’un échantillon ? Cette question implicite rassure notre rapport aux datas sur internet : innombrables, immatériels, presque invisibles, il devient complexe de s’y soustraire. Nino Spanu examine son propre cas. Questionné sur son indexation personnelle, il remonte sa base de données pour atteindre l’origine de son tout premier data : son acte de naissance. Plutôt que de fuir ou détruire ce fichage, il l’élève au rang d’archive et lui donne corps. Il s’agit de faire face à ce contrôle, l’accepter ou y être contraint. Cette inspection peut aller jusqu’à l’attention portée sur les actions les plus infimes. Dans sa vidéo, Malak Yahfoufi dénonce une société opprimée par ses check-points qui analysent les gestes les plus anodins. La liberté limitée jusque dans ces actes est le point le plus préoccupant abordé par l’exposition.

 

L’insignifiance que l’on accorde à ces gestes malgré leur ampleur politique n’est pas sans rappeler le côté bénin que les systèmes de surveillance adoptent pour s’immiscer discrètement dans le quotidien. Ces multiples yeux journaliers, qu’on éprouve autour de nous, ont retenu l’attention de Pai WangYuqing à son arrivée en France. Affectée par ce phénomène qui envahissait sa sphère privée par un vis-à-vis trop présent, le voyeurisme est devenu son domaine d’exploration. Avec autant de dessins que de regards, elle remet en cause les médias et les réseaux sociaux atténuant la frontière entre la vie privée et publique. Par cette mosaïque de points de vue et de situations, elle parvient à construire le regard du monde qui l’entoure.

 

Fuir cette surveillance devient un but à atteindre. La pudeur, le secret, l’anticonformisme, la protection de sa propre vie privée sont des raisons valables et invoquées régulièrement. Pour éviter les menaces, Elen Hallégouët et Hannah Todt font un pas de côté en utilisant les procédés de surveillance comme un outil. À travers la mise en scène, elles bouleversent le schéma observateur-observé et questionnent les traces laissées par l’être humain dans le monde physique et virtuel.  Dévoiler autre chose que le réel peut finalement être une méthode pour se dissimuler.

 

Face à une omniprésence fabriquée et assimilée de la surveillance, la disparition totale de l’individu paraît en revanche impossible. La fuite hors de ces enceintes érigées seraient alors la dernière alternative. Dans de telles circonstances, Henri-Jacques Ancona propose des échappatoires, des cachettes, des chemins clandestins pour s’y soustraire. Par cette démarche d’indiscipline, il ouvre une brèche en construisant avec les creux et les recoins, et offre une issue vers un horizon plus attirant.

Les œuvres présentées dans «VEILLE», même si elles se cantonnent plus au présent qu’au futur, ne peuvent échapper à une anticipation de l’avenir. Pour l’instant inoffensifs, comme endormis, ces dispositifs sont, au même titre que le peuple, entre l’assoupissement et le passage à l’acte. Les yeux sont ouverts des deux côtés, épiant leur statut de veille, guettant la couleur du lendemain. »

Johanna Medyk, curatrice de l’exposition

 

 

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