Demain(s)
Prix Icart, Espace Christiane Peugeot, Paris, Fr
2021

Texte par Élise Arnaud

Under The Ground est une installation qui surgit du sol et nous projette dans un espace numérique en ruine. En jouant des codes de la dystopie et d’une esthétique post-apocalyptique propre à l’ensemble de ses oeuvres, Manon Pretto met en scène le récit d’un futur anticipé. Cet univers post-apocalyptique lui permet de faire s’emballer des questions intimement liées à notre présent mais de façon exponentielle pour mieux les questionner.

Cette installation interroge tout particulièrement notre rapport à un patrimoine de plus en plus virtuel, où bientôt la vie entière sera conservée sous forme de données stockée dans les Data Center ; mémoire collective et mémoire vive ne font plus qu’un. Aujourd’hui de plus en plus de données sont conservées en ligne, parfois même un patrimoine conséquent (oeuvres d’art en open source, L’unesco et le patrimoine immatériel, etc.). Face à cette croissance exponentielle du patrimoine numérique que va-t-il se passer après la chute ? Comment vivrons-nous dans les ruines du digital?

Ces écrans agissent comme des scanners et donnent à voir un monde qui n’est plus. Ils mettent en scène les vestiges d’un monde disparu dont certaines images tentent de refaire surface tels des soubresauts d’humanité : ici des baskets Nike, là un smartphone, etc. Détériorées par le temps, elles apparaissent comme les glitches sur un ordinateur, elle tente de survivre.

Cette installation s’adapte aux espaces dans lesquelles elle se trouve. Ordinairement conçue pour un sol en béton de façon à jouer sur l’idée de vestiges qui émergent du sol, l’artiste a ici choisie de jouer de la réalité d’une autre façon. Parmi les vestiges, on découvre des carreaux au sol jouant avec le carrelage du lieu dans l’idée de corrompre la réalité comme un espace qui surgit. Sur ceux-ci des traces, des déplacements fantomatiques qui renvoient encore à une présence qui n’est plus mais donc les traces tentes de ressurgir (empreintes de chaussures, traces de doigts) notamment par la lumière noire.

Cette installation nous place face à un environnement aride et désertique, faisant dépérir physiquement et visuellement ces données.

 

Lauréate Prix public Icart Artistik Rezo 2021, Icart, Paris

Crédit: Hortense Reynaud