RÉ-EXISTENCE 3
Limay, Fr
2024
Toute œuvre d’art est politique. Au printemps 2019, Erwan Keruzoré, artiste-ouvrier à Limay dans les Yvelines, organisait aux Réservoirs une exposition-manifeste intitulée « Ré-existence », dans laquelle quatre artistes engagés interrogeaient la place de l’art et de la création plastique dans les mouvements sociaux pré-Covid.
Cinq ans plus tard, la manifestation s’est muée en biennale. L’acte 3 de « Ré-existence » réunit un ensemble d’œuvres de Nicolas Daubanes, Olivier Garraud, Erwan Keruzoré, Manon Pretto et Cécile Tuloup.
L’art est envisagé comme une puissance d’insurrection, compris comme le lieu possible de la lutte des classes, un espace de contestation face à l’extrême-droitisation d’une société qui change de paradigme sous nos yeux en renversant ses propres valeurs. Face à un pouvoir occidental aux allures de faux-semblants démocratiques qui cachent en réalité de vraies valeurs
conservatrices prenant appui sur le sacro-saint diptyque capitalisme et patriarcat, les progressistes sont désormais suspects.
À la normalisation d’une extrême-droite hier encore persona non grata répond la criminalisation des mouvements de gauche, victimes et bourreaux s’inversent dans l’opinion publique, bien aidée par des médias appartenant désormais à une poignée de milliardaires, des chaines « d’information », redoutables outils de propagande au service de l’idéologie de leur propriétaire. Pour
ces artistes, pour qui l’art n’est pas dissociable de la société dans laquelle ils vivent, les techniques et le répertoire de la création plastique deviennent autant de moyens de contestation. Partant de ce postulat, l’exposition donne à voir des figures d’opposition à l’oppression néolibérale et patriarcale.
Guillaume Lasserre